LA CITADELLE DE MONT-DAUPHIN (Hautes-Alpes)

La ville de Mont Dauphin a été créée de toute pièce pour la fonction à laquelle elle est destinée : verrouiller le carrefour des vallées de la Durance et du Guil.

Contrairement à la plupart des citadelle, ici, il n’y a rien d’autre qu’une étendue herbeuse et désertique, à la végétation rase, surnommée « le plateau des mille vents ».

En 1692, lors de la guerre de la Ligue d'Augsbourg, les troupes du duc de Savoie envahissent le Dauphiné et ravagent la vallée de la Durance. Louis XIV réalise alors la vulnérabilité de sa frontière alpine.

Il envoie  Vauban pour trouver les meilleurs sites pour sécuriser la zone. Vauban identifie immédiatement le plateau rocheux de Saint-Crépin, qui domine la confluence de la Durance et du Guil, comme l'emplacement idéal pour verrouiller l'accès vers Gap et Briançon.

En effet de part et d’autre du Guil s’élévent des falaises rocheuses abruptes, idéales pour défendre les chemins d’invasion.

Vauban baptise la future place forte « Mont-Dauphin » en l'honneur du fils du Roi, le Grand Dauphin.

La construction commence dès 1693 dans des conditions extrêmes. Les hivers sont très rudes et la région tres isolée.

1693 - 1700 : Les travaux avancent à un rythme effréné. On utilise le marbre rose de Guillestre, une pierre locale qui donne à la citadelle ses reflets caractéristiques. L Les remparts et les bastions sortent de terre.

Suspendus en hiver, ralentis par la dureté du roc, ils ne seront pas encore achevés quand Vauban revient sept ans plus tard. Il est néanmoins confiant que « Mont-Dauphin deviendra dans peu de temps une belle et bonne place » ». Mais en cette fin de règne de Louis XIV, après des guerres incessantes, le royaume est épuisé et l’argent manque pour mener à bien tous les projets. l’église, que Vauban avait prévue monumentale, n’aura pas de nef. Trop couteux, le bastion qu’il avait  prévu sur le plateau de Guillestre pour prévenir une attaque au canon par dessus le Guil ne verra pas le jour.

Le projet initial de Vauban prévoyait une ville civile pour loger les familles des soldats. Cependant, faute de moyens et à cause du climat rude, la ville ne se développera jamais autant qu'espéré.

Les bâtiments militaires (casernes, poudrière) sont achevés progressivement après la mort de Vauban en 1707, et ironie de l’histoire, moins de sept ans après la mort de Vauban, au Traité d'Utrecht de 1713 la France abandonne le Piémont à la Savoie en échange de l'Ubaye. La frontière s'éloigne vers l'Est jusqu’à la ligne de partage des eaux. Briançon devient ville frontière, Mont-Dauphin ne l'est plus. Le site devient la deuxième ligne de défense après l’Ubaye et les travaux avancent au ralenti.

La construction de la place forte s’acheva au XIXème siècle avec notamment la spectaculaire Caserne Rochambeau qui sert également de rempart dont les travaux débutent vers 1770 et sont achevés en 1782.

Cette même année, l'ingénieur Fremond décide de construire un grand arc boutant portant un escalier donnant accès au toit-terrasse du bâtiment, afin de contenir les poussée des voûtes des corps de bâtiment. Cet ouvrage est réalisé en 1783-1784.

Le toit-terrasse permet aux soldats d’utiliser cette plateforme pour défendre la forteresse en cas de siège.

Malheureusement, les chutes de neige abondantes des Hautes-Alpes ont généré des infiltrations qui mettaient en péril le bâtiment.

Entre 1819 et 1823, le capitaine Massillon, chef du Génie, réalise la couverture de la charpente à la « Philibert Delorme ».

Cette charpente spectaculaire a la particularité d’être construite avec des éléments de bois de petite taille, identiques, donc faciles à produire, transporter, à partir d’arbres moins difficiles à trouver. En cas de dégâts cette charpente est beaucoup plus facile et plus rapide à réparer.

Cette charpente permettait de découvrir relativement rapidement les bâtiments pour l’utilisation des plates-formes d’artilleries.

Autre élément significatif et remarquable : La « lunette d’Arçon »

Cet ouvrage tient son nom de Jean Claude Le Michaud d’Arçon,  Inspecteur général des fortifications, qui inspecte la place forte de Mont Dauphin en 1791.

Ayant lui-même crée un principe de défense éloigné, il décide de modifier la lunette existante datant de 1728 sur le glacis en avant de la porte de Briançon, sur le front le plus vulnérable : le front de terre (du côté du plateau), là où l'ennemi peut arriver de plain-pied sans avoir à escalader de falaises.

Elle devient la « lunette d’Arçon » par ajout notamment d’une tour centrale, et d’une galerie qui la relie au fossé, permettant aux défenseurs de se replier au denier moment si la résistance n’est pas suffisante

Par la suite, au fil du temps la place forte s’adapte aux modernisations de l’artillerie (batterie 84, magasin à poudre)

La place forte jouera son rôle pleinement puisqu’elle ne sera jamais attaquée, à part en 1940 où un avion italien larguera une bombe qui détruira l’un des deux bâtiment de l’Arsenal.

Certains bâtiments de casernement sont transformés en centre de vacances par le service de l'action sociale de l'armée. (caserne M ou caserne neuve ou caserne Binot )

L’armée quitte les lieux en 1980, la ville débute une seconde vie tournée vers le patrimoine et l’artisanat.

En 2008, elle est classée au Patrimoine mondial de l'UNESCO parmi les 12 sites majeurs de Vauban.

Aujourd'hui, c'est l'un des rares sites de Vauban qui conserve une population permanente (162 habitants en 2023 habitants), mêlant vie de village, commerces et rigueur architecturale militaire.

Un hôtel a également été crée dans l’ancien pavillon des officiers, ainsi qu’une librairie riche de nombreux ouvrages sur le site, l’architecture militaire, l’œuvre de Vauban.

 

Les superlatifs manquent pour décrire cet endroit. Des paysages majestueux, époustouflants, grandioses, un site incroyable qu’il faut absolument découvrir, mais attention à la chaleur écrasante en été ! Ne manquez pas la visite guidée très complète qui vous emmènera sur les différents points à voir absolument.