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Le gros ouvrage de Schoenenbourg

L’ouvrage de Schoenenbourg est un gros ouvrage de la ligne Maginot, qui se situe à environ 20 km au nord-est de Haguenau, et à 10 km de la frontière, à une altitude moyenne de 200m. L’ouvrage comptera au maximum dans les 630 hommes.
On cite la première fois le "petit ouvrage de Schoenenbourg" en 1928, lors de la définition de son implantation.
II y apparaît que le Schoenenbourg sera principalement un ouvrage de flanquement du Hochwald dont il se situe 6km à l'est,  son pendant étant le Four à Chaux, à l'ouest.
Puis au fur et à mesure du temps, le projet s’étoffe et l’ouvrage prend de l’importance.
Au final, il est décidé de construire :
2 entrées destinées l'une au personnel, l'autre aux munitions
2 tourelles de 75 R Mle32 (tourelle améliorée avec les tubes de la tourelle de 75 Mle 05R),
1 tourelle de mortiers de 81 Mle32,
1 tourelle de mitrailleuses,
2 casemates d'infanterie pour des jumelages de mitrailleuses et éventuellement en cas de besoin pour une pièce antichar de 47 (les canons de 47AC ne sont mis en place qu'en 1937),
Chaque bloc est protégé par une ou plusieurs cloches GFM armées d'un F.M. et d'un lance-grenades de 50.
L'ensemble des blocs de combat et des blocs d'entrées est relié par une galerie située entre 20 et 30 mètres de la surface du sol. A proximité de l'entrée des hommes se trouvent l'usine, la chambre de neutralisation contre les gaz, la caserne, la cuisine et l'infirmerie. A proximité de l'entrée des munitions sont implantés quatre groupes d'alvéoles pour les fusées, les poudres et les artifices.

Entre l'avant et les entrées, la galerie principale est équipée d'une voie ferrée de 0,60 m avec un équipement pour trolley.
Dans le cas où l'ennemi aurait réussi à prendre pied dans l'ouvrage par une des entrées, les différentes galeries pouvaient être fermées par plusieurs portes blindées successives défendues par des blockhaus armés de fusils-mitrailleurs. Cependant il faut remarquer que la capture de l'entrée des hommes, proche de l'usine, pouvait être cruciale pour l'ouvrage qui aurait alors été privé d'énergie.
Au milieu de la galerie principale, un dispositif de mine pouvait être mis à feu et interdire la communication entre les avants et l'arrière.

Les travaux débutent en juillet 1931, à un moment ou les budgets commencent à manquer, obligeant les concepteurs à composer et « rogner » sur le projet initial.
Pour compliquer le tout, le terrain est de très mauvaise qualité, y compris en profondeur. Beaucoup d’humidité, un terrain qui porte peu, l’ensemble des blocs (hormis le 6) repose sur une série de pieux pour bien les « ancrer » dans le sol, ce qui alourdit encore la facture.
Les travaux de la galerie principale, des dessous des blocs, puis des dessus, de tous les locaux s’étale jusque fin 1935/début 1936 où il ne reste que les travaux de finitions.Plan général de l'ouvragePlan général de l'ouvrage


En réalité il reste énormément à faire, il manque de tout, des cloisons, des tablettes, le mobilier fait défaut etc…
Mais bien vite le problème majeur de l’ouvrage prend de l’ampleur. L’eau ruisselle de partout dans les locaux et bien souvent l’humidité rend tout pénible, la moisissure se propage, facilitée par une ventilation et/ou un chauffage insuffisant.
Les travaux de drainage occupent toute l’année 1938, et de multiples modifications continueront même après la déclaration de guerre.


Le Schoenenbourg entre en action :
En 1936, une première alerte (remilitarisation de la Rhénanie) entraîne l'occupation de l'ouvrage pendant plusieurs semaines. Puis, l'alerte terminée, la vie normale reprend son cours.


Au début de septembre 1936, une convocation des réservistes permet de mettre en œuvre l'ouvrage pendant une semaine.
En 1937, les nouvelles directives  de l'Etat-Major améliorent le fonctionnement des équipages et les pièces de 47 AC sont mises en place pour compléter l'action des jumelages de mitrailleuses.


En 1938, nouvelle crise internationale (affaire des Sudètes) et nouvelles mesures d'occupation de l'ouvrage, rapportées une semaine plus tard. En mars 1 939, l'ouvrage est partiellement occupé, puis encore une fois le calme revient.
Le 24 août 1939, l'occupation du Schoenenbourg est à nouveau ordonnée, mais cette occupation est définitive, car dix jours plus tard l'état de guerre est déclaré.
Les premiers tirs des pièces de 75 ont lieu le 10 septembre pour vérifier l'exactitude des pièces. Il s'agit de 20 coups par tourelle. De temps en temps des tirs de quelques coups vont être autorisés mais avec une limitation très nette de la consommation. A la fin du mois de janvier 1940, la tourelle de 81 va pouvoir effectuer son premier tir.


En mars 1940, une section de canons de 120 L de Bange est affectée au Schoenenbourg et placée sur les dessus des blocs avants. La tourelle de 81 ayant peu d'occasions d'intervenir, son personnel assure le service des pièces de 120.


Le 10 mai 1940, les Allemands déclenchent leur offensive vers le Luxembourg, la Belgique et la Hollande.
Le 4 juin, une des pièces de la section de 120 éclate dans le tube par explosion prématurée. La deuxième pièce sera remise en état, mais l'équipage de la tourelle de 81 a perdu 8 blessés dont 3 grièvement.


Le 15 juin, les Allemands lancent leurs attaques sur les P.A. situés entre Hoffen et Oberroedern. Le Schoenenbourg va alors tirer avec ses 4 pièces de 75. 80 coups pour P.A. 7, 80 coups vers Oberseebach, 80 coups vers Stundwiller.


Dans les l'ours qui suivent, les tirs contre les Allemands vont continuer, mais le commandant de l'artillerie d'ouvrage sera obligé de réduire la consommation de chaque tir pour ménager les projectiles qui permettent d'obtenir la portée maximum. Des cartouches de 75 vont être récupérées sur les positions de batterie abandonnées des troupes d'intervalle et sont amenées à l'intérieur de l'ouvrage.
Le 17 juin, l'ouvrage reprend ses tirs à l'est des casemates d'Oberroedern, d'Aschbach et de Hoffen. Les tirs vont se poursuivre les 18, 19 et 20 juin. En particulier le 20 juin les tirs des blocs 3 et 4 contribuent puissamment à briser l'assaut de la 246' I.D., conjointement à l'extraordinaire résistance des casemates d'Aschbach et d'Oberroedern.


A partir du 20 juin, les allemands sont décidés à réduire le Schoenenbourg au silence. Ils bombardent à partir d’avions Stukas, qui causent quelques dégâts, mais qui peuvent être réparés immédiatement.
Le 21 juin, les Allemands mettent en œuvre leur mortier de 420 millimètres de fabrication SKODA. Cette pièce envoie un projectile antibéton de 1020 kilos jusqu'à 14,2 kilomètres.


Transportée par voie ferrée, elle est implantée à l'est de Wissembourg.
En outre, ses tirs alternent avec ceux d'un canon de 355 mm construit par Rheinmetall.
Le tir commence vers 16 heures 15 et se poursuit à la cadence d'un coup toutes les 7 minutes. Les effets sont superficiels sur le béton mais les fissures dans la terre se prolongent jusqu'à une vingtaine de mètres de profondeur.


Dans la soirée du 21, 14 coups tombent sur l'ouvrage. Le 22 juin à 16 heures 15, le 420 reprend son tir et envoie à nouveau 14 coups. Les tourelles de 75 restent éclipsées pendant les tirs de la grosse Bertha. Mais dès que le tir de l'artillerie lourde allemande cesse, les tourelles reviennent en batterie.
Par ailleurs, des pièces de 88 et de 105 guettent étroitement les tourelles de 75 et les prennent à partie dès qu'elles se préparent pour un tir. Un obus de 105 frappe le point de jonction entre l'avant-cuirasse et la muraille du bloc 3 et projette dans la tourelle des flammes et des fumées.
Une bavure d'acier de la muraille va empêcher l'éclipse complète et il faudra la rectifier au burin dès la nuit.


Les tourelles du Schoenenbourg qui semblent être devenues les objectifs privilégiés des avions et de l'artillerie des Allemands doivent alors être ménagées.
Le 23 juin, l'ouvrage continue ses tirs mais dès 7 heures 52, le 420 envoie ses 14 coups. La tourelle de 75 du bloc 3 reçoit un coup à proximité de l'avant-cuirasse : son M 1-M2 est fissuré mais le bloc résiste. Vers 19 heures 20, la série de 14 coups est à nouveau expédiée sur les blocs avants et empêche le tir des tourelles. Les blocs sont ébranlés mais peuvent reprendre leurs tirs dès la fin des arrivées des obus de 420.


La tourelle de 81 commence elle aussi à effectuer ses tirs, mais elle est touchée par un obus et son éclipse ne se fait plus complètement. Une patrouille envoyée sur les dessus en fin de soirée constate que la tourelle de 81 a frôlé la catastrophe: un obus de 420 est tombé à 50 centimètres de la cloche lance-grenades et cette cloche, dont la mise au point n'est pas terminée, est fermée par une simple plaque de blindage de 4 centimètres. Si cette plaque avait été touchée par l'obus d'une tonne, elle n'aurait pas résisté. Il est vraisemblable que le bloc 5 aurait été totalement détruit.


Le 24 juin, l'ouvrage tire encore un certain nombre de coups sur des rassemblements ennemis à limite de portée, mais il reçoit en contre-batterie une violente riposte à base de 1 05 puis de 150. Le 25 juin l'armistice est signé pour prendre effet dans la nuit du 25 au 26 juin. L'équipage du Schoenenbourg tient toujours son ouvrage, tous moyens de feu intacts.


Entre le 14 et le 25 juin, le Schoenenbourg a tiré 12776 coups de 75 et 612 coups de 81, alors que du début de la guerre au 14 juin il n'avait tiré que 3026 coups de 75 et 70 coups de 81.
Le 14 juin 1940, un conseil de guerre se tient au Schoenenbourg, en la présence du commandant du secteur, du commandant de l’ouvrage du Hochwald, et des officiers de l’ouvrage et en liaison également avec le commandant de l’ouvrage du Four à Chaux. Décision fut prise de résister et honorer la devise de la ligne Maginot « On ne passe pas ».


Le 1er juillet, sur ordre d'une mission militaire venue de France non occupée, les équipages doivent laisser leurs ouvrages aux Allemands et devenir prisonniers sans avoir été capturés.


Après la prise de l’ouvrage, celui-ci devient un lieu de visite pour de nombreux officiers allemands, mais également on étudie, non sans respect, la façon de construire et les équipements de cet ouvrage qui a donné du fil à retordre à l’occupant.
Puis vint l’époque des démontages, ferraillages pour une réutilisation par l’armée allemande.
2 des 4 moteurs de l’usine électrique, des ventilateurs, les rails du réseau antichar etc…Tout ce qui est récupérable et réutilisable pour l’effort de guerre allemand.
Vers le 15 décembre 1944, sous la poussée américaine l’occupant quitte l’ouvrage, qui est alors occupé par les Gi’s.
Du 20 janvier au 18 mars 1945 ce sont de nouveau les allemands qui occupent l’ouvrage, mais cette fois, en quittant les lieux, ils sabotent et dynamitent tout ce qui peut l’être. L’usine électrique est en partie dévastée, les pièces d’artillerie misent hors d’état.
Mais ce sont surtout les deux blocs d’entrée Hommes et Munitions qui sont dévastés. Celui des Hommes est extrêmement endommagé, toutes les machineries, monte-charges sont détruits.


Le Schoenenbourg après guerre :
L’ouvrage est laissé à l’abandon et subit des premières dégradations et « récupérations » jusqu’à ce qu’en 1946 l’armée fasse fermer  l’ouvrage.
Entre 1947 et 1951 le gros œuvre est réparé, puis en 1952 c’est au tour de l’armement, des tourelles, d’être réparé.
Enfin, entre 1953 et 1954, le bloc EH est reconstruit sur les fondations de l’ancien, finalement récupérables.
Ce nouveau bloc présente des formes adaptées au souffle d’une explosion atomique, avec des formes adoucies et sans angles vifs.
De 1953 à 1960 un bataillon d’instruction de forteresse est crée pour les réservistes et subsiste jusqu’en 1960.
L’époque a changée, la dissuasion nucléaire prend le pas sur les « vieilles » forteresses. En avril 1961 on cesse de tester les tourelles,  puis les années passant, l’armée récupère du matériel pour d’autres ouvrages.
Après 1968 c’est l’abandon total, puis le « règne » des ferrailleurs qui démontent et éventrent tout ce qui peut l’être et présente un intérêt à la revente.
Le ruissellement d’eau a tôt fait de boucher les évacuations, l’eau monte et noie tout, l’humidité et la boue dégradent le reste…
En 1977, l’Association des Amis de la Ligne Maginot d’Alsace (AALMA) est crée pour tenter de redonner vie à ce qu’eux-mêmes jugent être devenu une épave.
Le travail dépasse toutes les espérances puisqu’aujourd’hui le travail accompli permet de visiter un ouvrage dans un état proche de ce qu’il était à l’époque.
Visitable depuis 1978, plus de 40000 visiteurs découvrent tous les ans ses installations.
Classé intégralement à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques, l'ouvrage est équipé de tous ses éléments d'origine.
N’hésitez pas à leur rendre visite, ça vaut vraiment le déplacement !


Le site internet de l’AALMA : http://www.lignemaginot.com


Et la page Facebook du Schoenenbourg : https://www.facebook.com/groups/39511081908/
Merci à Michel Grami pour cette superbe visite et au temps qu’il a bien voulu me consacrer.

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